L’ombre du soleil - Catherine Duverger

DSC_9766

Vernissage : 12/01/2023

du 09/01/2023 au 25/02/2023

 

Ici commencent les fouilles de Catherine Duverger, sous les auspices des trois astres. Creuser, sentir, saisir ce qui hante ce lieu unique…

 

Tout près du centre de Rennes, l’ensemble commercial dit des 3 Soleils porte un nom pour le moins évocateur, si ce n’est tout bonnement questionnant. Il désigne aussi un phénomène optique (un parhélie) consistant en l’apparition de deux répliques de l’image du soleil, placées horizontalement de part et d’autre de celui-ci. Une illusion aux qualificatifs multiples et inspirés : faux soleil, oeil de bouc ou encore chiens de soleil.

 

En questionnant les commerçants, implantés ici depuis parfois plus de 30 ans, l’artiste Catherine Duverger s’est aperçu qu’aucun d’entre eux ne sait vraiment pourquoi le centre se nomme ainsi.

Vu de l’extérieur, le bâtiment à l’apparence d’un parallélépipède noir dont les façades de glace teintée ondulent de manière quasi sinusoïdale.

Dans l’intérieur tamisé se déploie un sol de marbre rose, piliers de formes classiques caractéristique des temples, des carrelages aux sols ornés de cercles. Ce sont au total 9300 m2 de commerces et 6800 m2 de bureaux qui y ont été installés en 1978. La maquette originale du bâtiment révèle trois disques couleur sanguine hissés sur un portique au-dessus du toit. Cette œuvre allégorique, ésotérique, cosmique s’il en est, se trouve aujourd’hui absente du bâtiment dans la forme que nous lui connaissons.

 

Restent des mystères, des questions…

 

D’une part ce nom énigmatique, trois fois lumineux comme notre étoile, et son caractère universel si proverbial, profondément ancré dans les mythes fondateurs de l’humanité.

De l’autre ce bâtiment sombre et nébuleux au cœur tapissé de ce marbre dont on bâtissait les temples jadis.

Intuitivement, l’artiste suppose, présume, se figure que ce site possède une histoire secrète.

Forcément.

Comme celle d’un lieu de culte païen ancestral, voué à l’astre du jour, dont le nom aurait resurgi de l’inconscient collectif en 1978, après des milliers d’années d’amnésie.

Signe incontestable du magnétisme puissant de ce site : la diversité culturelle de l’offre de restauration commerciale du lieu : Afghanistan, Iran, Chine, Vietnam, Afrique.

 

Si par soucis de curiosité on venait à s’attarder plus avant dans ce centre commercial, il émanerait sans doute, au détour des couloirs de sa galerie, dans les reflets fantomatiques de ses vitrines, dans le vacuum de ses boutiques fermées comme dans la ritournelle quotidienne de celles encore ouvertes, quelque part entre les bip des caisses automatiques du supermarché souterrain et la clameur du bistro / traiteur / buffet à volonté, il nous apparaîtrait probablement disais-je, quelques vestiges de la véritable histoire de la terre qui accueillit cette galerie marchande.

On peut d’ailleurs, avec l’inclinaison nécessaire, observer dans certaines boutiques comme des résurgences de ce passé glorieux: poupées votives devenues porte-clés, motifs incantatoires sur des hoodies, costumes rituels, offrandes comestibles en take-away.

 

Ici commencent les fouilles de l’artiste, sous les auspices des trois astres.

Creuser, sentir, saisir ce qui hante ce lieu unique.

 

 

L’ARTISTE

 

Catherine Duverger est photographe et plasticienne, elle vit et travaille à Rennes. Sa pratique s’ancre dans la perturbation des espaces, des temporalités et de la lisibilité de l’image. Elle use du procédé de surimpression argentique au cours duquel se croisent et fusionnent deux images sur le même négatif. Elle relie par ce moyen, documents d’archives, images prises sur le vif et mises en scènes, qui se rencontrent avec l’incertitude propre à cette technique, traquant surprises, accidents et apparitions.

 

Lien vers le site de l’artiste : https://catherine-duverger.format.com/

 

Crédit image : Catherine Duverger